D'un cabaret à l'autre
Auf der Reperbahn nous emmène dans un quartier chaud de Hambourg
où deux cabarets se font concurrence. En réalité,
le succès de l'un ou de l'autre est facile à expliquer :
selon que les héros du quartier, Charly Champagne ou Lilly Brillante,
optent pour un cabaret plutôt que l'autre, leur présence
attire aussitôt la clientèle locale. Sans compter que les
directeurs de ces boîtes ont dans leurs atouts Hans le Blond qui
joue merveilleusement de l'accordéon et Lola la rouge qui tire
les ficelles de tout ce qu'elle séduit.
Auf der Reeperbahn est un jeu pour deux dans l'excellente collection
Kosmos für Zwei à qui nous devons Cités perdues, Kahuna,
Babel et tant d'autres si bons titres qui régalent nos heures ludiques.
En observant le plateau, on pourrait croire que ce nouveau jeu n'est qu'une
variante de plus de tous ces jeux où deux adversaires s'affrontent,
soit en tirant une corde (Hohisse), soit en poussant son adversaire
(Schazaam) afin de lui faire toucher une extrémité
du plateau. Il se diffère pourtant sérieusement de tous
ceux-ci, vraisemblablement parce que Knizia a délaissé la
bataille de cartes - si sophistiquée soit-elle - pour un réel
jeu de pions que chaque joueur anime avec intelligence et répartie.
Très vite, en se plongeant dans les parties, on découvre
combien les 5 pions disponibles sont intéressants et complémentaires
pour attirer Lilly ou Charly dans son cabaret.
Sur le plateau, par exemple, Lilly doit toujours être entourée
de ses deux gardes de corps sans que l'un et l'autre ne puisse jamais
quitter sa droite ou sa gauche. C'est une règle géniale
qui tempère les succès trop rapides, un joueur ne pouvant
faire progresser le trio en bon ordre qu'en jouant d'une certaine manière
ses cartes garde de corps et en les combinant aux actions spéciales
que permet l'attraction de Lola ou les sauts parfois surprenants de ceux
qui veulent entendre de près l'accordéon de Hans le blond.
Les joueurs tiennent en main 8 cartes dont ils peuvent jouer, lors d'un
même tour, toutes celles d'une même couleur. En les choisissant
bien, il n'est pas rare de créer de grands retournements de situation
sur le plateau tant au niveau de la position des 5 personnages que des
points qu'ils produisent et dont Charly Champagne se réjouit à
tout moment.
Le très sérieux Knizia sait tellement bien écrire
des règles de jeu. Rien de trop, rien de trop peu. Il nous donne
de quoi vivre des heures de plaisir et de grande qualité. Auf
der Reeperbahn, si courtes soient ses parties, est un petit chef d'uvre
qui devient d'une légèreté extraordinaire quand on
en maîtrise les règles. Les parties sont rarement longues
(à peine une dizaine de minutes) tout en étant chaque fois
des ballets étonnamment souples de cartes jetées et de pions
qui leur obéissent au doigt et à l'il.
On retrouve ici la griffe de l'auteur de Schotten Totten, sans
qu'on puisse pourtant comparer les deux jeux. 
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