Amun Re nous entraîne en Egypte. Les joueurs y disposent de 15
provinces sur lesquelles ils bâtissent des pyramides. Ces pyramides
valent des points de victoire en fin de partie, auxquels on ajoute toute
une série de bonus dont l'intérêt mène les
joueurs par le bout du nez : qui possède le plus de pyramides?
Qui a construit de manière équilibrée ? Quelles sont
les provinces sur lesquelles il y a des temples ? Qui est parvenu à
ne bâtir qu'en basse ou haute Egypte, à droite ou à
gauche du Nil ? Qui possède le plus d'or en fin de partie ? Autant
de détails qui départagent avec suspens tous les prétendants
à la victoire.
Les sources de plaisir sont nombreuses dans Amun Re. La plus grande,
à mes yeux, naît du mécanisme des offrandes qu'on
pratique six fois durant la partie. Que serait notre travail sans la bénédiction
des dieux, dans cette Egypte du temps des Pharaons ? Après avoir
engagé des paysans pour cultiver les terres de ses provinces et
y bâtir des pyramides, aucun joueur ne peut se dérober à
cette institution qui suspend le cours du jeu : l'offrande qu'il convient
d'accomplir pour satisfaire les divinités. Chacun puise donc dans
ses ressources et participe à une obole commune. Si ces offrandes
sont secrètes dans un premier temps, on les additionne ensuite
car au plus haute est leur valeur totale, au plus grande est la générosité
d'Amun Re. Cadeaux et revenus pleuvent alors
mais seulement sur
ceux qui ont été généreux ou qui ont eu l'intelligence
d'investir aux bons endroits. C'est le temps de grands enchantements mais
aussi de très grandes désillusions car certaines règles
et certaines cartes permettent d'influencer les offrandes à la
hausse ou à la baisse en fonction de ses intérêts.
Un régal !
Bien d'autres surprises nous attendent encore dans Amun Re. L'acquisition
des provinces repose sur l'excellent système d'enchères
que les familiers d'Evo connaissent. Mais là où l'humour
était au rendez-vous, surgit une attention très soutenue
de la part des joueurs car les provinces semblent promettre des revenus
inégaux. Notre expérience du jeu nous a cependant appris
que les provinces délaissées sont souvent acquises gratuitement
et que cette économie permet d'intervenir avec brio à d'autres
moments du jeu.
Le plateau est rapidement le lieu d'une activité intense. Chacun
développe ses champs, achète des briques, les transforme
en pyramides, fait intervenir des architectes, use et abuse des cartes
de pouvoir
Les provinces deviennent prospères et lorsque
la première manche finit, chacun se félicite généralement
des premiers points de victoire qu'il a acquis.
Or c'est à cet instant précis qu'un grand remous agite
Amun Re. L'entrée dans la seconde manche correspond au passage
de l'ancien ou nouveau Royaume. Toutes les propriétés sont
abolies et le Pharaon remet en vente les provinces sur lesquelles se trouvent
encore toutes les constructions de la manche précédente.
Certaines provinces sont dès lors très convoitées
et la partie d'enchères qui s'ensuit est toujours un grand moment
de jeu.
Amun Re est un très bon jeu, intelligent et souple, se prêtant
à des stratégies très diverses. La première
partie est relativement longue ( 2 à 2 h 30) mais quand on y rejoue,
l'efficacité que chacun déploie par sa connaissance des
règles et des cartes réduit cette durée à
90 minutes. Quelques ambiguïtés existent dans la règle
allemande sur l'usage de la carte Architecte et nous avons essayé
de les lever dans notre traduction française. C'est naturellement
une interprétation. L'aide de jeu, elle aussi, a été
soignée car nous constatons trop souvent que les aides qui paraissent
vite sur Internet ne sont pas toujours rigoureuses quand on les compare
aux règles allemandes. L'éditeur Hans in Glück prouve
une fois de plus que la qualité est liée à son nom.
Il nous fait, de plus, la fleur de nous donner un matériel de jeu
dont les cartes sont sans textes allemands mais avec des symboles qui
permettent un jeu facile dans toutes les langues. Nous vous conseillons
de jouer à quatre ou cinq joueurs : les deux nombres sont idéaux.
|