L'ANNEE
DU DRAGON
De manière étonnante, puisque c'est pour leur
plus grand plaisir, L'année du Dragon (1) réserve
bien des calamités aux joueurs chevronnés qui
acceptent de la traverser.
Dans ce nouveau jeu de Stefan Feld (l'auteur de Notre
Dame), nous sommes en Chine impériale et chaque
joueur se construit des palais qui peuvent abriter d'autant
plus de fonctionnaires qu'ils sont grands et nombreux. En
fin de partie, chaque fonctionnaire survivant rapporte 2 points
qui pèsent lourds sur la balance de la victoire.
Le mot survivant est loin d'être trop fort. Il exprime
bien la tension qui ne cesse de sous-tendre le jeu. Chaque
nouvelle manche est un coup du destin auquel il faut faire
face : épidémies qui déciment les fonctionnaires
si le joueur n'a pas prévu quelques remèdes
pharmaceutiques, famines qui nécessitent des greniers
à riz pour assurer le temps des vaches maigres, impôts
spéciaux auxquels il faut cotiser en puisant dans les
réserves épargnées, invasions guerrières
qui écrasent celui qui offre une résistance
moindre que les autres
Quand tout est prioritaire
C'est dire qu'il faut veiller sur tous ses niveaux : le nombre
de ses médecins, la quantité de ses sacs de
riz, l'augmentation de ses réserves financières
et la constitution d'armées pour se protéger.
Mais, comme une chose ne va jamais sans l'autre, l'occasion
d'augmenter ses différents potentiels est liée
à un certain opportunisme et tout ce qu'on met en place
pour résister demande de la place et des palais de
plus en plus grands qu'il faut pouvoir construire et entretenir
durant le jeu.
Mais encore : pour avoir le droit de choisir en premier et,
de cette manière, de débourser moins d'argent
lors des actions possibles, il faut aussi faire un choix cornélien
entre des fonctionnaires peu compétents qui permettent
de progresser rapidement sur l'échelle de la priorité
et d'autres, bien plus rentables, mais qui nous laissent,
d'une certaine manière, à la traîne et
donc sous la coupe du choix des autres.
Ah ! Que de bonheur ! Quand la partie s'ouvre et que sont
révélées l'une après l'autre les
épreuves qui nous attendent (eh ! oui ! on en voit
la succession dès le début du jeu), chacun remue
dans sa tête mille et un plans pour se construire une
stratégie efficace. Elle sera de toute manière
mise à rude épreuve car le jeu, parfaitement
équilibré, malmène les meilleurs espoirs
en nous mettant dans les jambes des moines intéressants,
des courtisanes juteuses, des érudits malins, des privilèges
onéreux mais rentables
et toute une série
de tentations sur lesquelles personne n'aurait vraiment tort
de miser. (A partir de 12 ans, 2 à 5 joueurs, environ
1 h 30)
ALEA : une collection de très grande qualité
La collection ALEA de Ravensburger, relayée en boîtes
françaises par les éditeurs Filosofia et Ystari
Games, est décidément remarquable même
si elle vise un public de joueurs qui, loin de bouder les
modes d'emploi fastidieux, sait pertinemment que, derrière
une règle bien développée, s'ouvrent
des propositions de jeux à la hauteur leur intelligence.
Ils résistent en cela aux jeux sans nuances et encouragent
des créations d'auteurs qui hissent assurément
l'univers des jeux de société au rang des meilleurs
livres.
Dans la même collection, parmi les meilleurs titres,
on trouve Puerto Rico et son petit frère San
Juan, Notre Dame, Les Princes de Florence. Tous sont actuellement
disponibles en français.
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