SANTIAGO

Nous voici planteurs sur une des îles du Cap Vert : un pays fécond pourvu qu'il y ait de l'eau. Sans elle… ou plutôt sans irrigation, la sécheresse est sans pitié et les plantations retournent rapidement au désert.

Nous avons joué SANTIAGO à cinq et ce fut un régal. Durant la partie, chacun cherche à acquérir des plantations, y pose des planteurs et cherche surtout à les irriguer. Pour y parvenir, il faut soit endosser le rôle provisoire du constructeur de canal, soit le soudoyer pour qu'il pose ses canalisations dans la bonne direction. Les deux rôles sont drôles et l'ambiance monte rapidement.

SANTIAGO s'amuse à croiser des règles entre lesquelles il n'est pas toujours facile de choisir. Pour avoir une bonne plantation, il faut faire une offre d'argent élevée, ce qui ne permet jamais d'être le constructeur du canal. Ce rôle échoit, en effet, à celui qui se résout à l'offre la plus basse. A l'opposé, celui qui devient ce constructeur de canal, doit se contenter de la plantation - généralement la moins intéressante - que les autres joueurs lui abandonnent. Ce chassé-croisé se retrouve également au cœur des règles que doit respecter ce même constructeur de canal. Chacun cherche à le soudoyer en posant des paquets d'argent sur la table : " ces billets sont pour toi si tu poses le canal le long de mes plantations ! ". Si le constructeur de canal accepte la proposition d'un adversaire, il ramasse du même coup la somme que ce planteur lui offre pour faire pression sur lui. S'il veut, au contraire, garder sa liberté et mener l'eau vers ses propres champs, il doit payer une unité de plus que l'offre la plus généreuse qui lui a été faite !

Ah ! que choisir ? Chaque joueur raisonne tout haut pour l'influencer. Les alliances se font et se défont. Les remarques fusent… et agir, n'est pas toujours renoncer à certaines opportunités ?

Le jeu se joue en 11 rounds (3 à 4 joueurs) ou 9 rounds (5 joueurs). La progression de la partie est très visuelle. Voici de nouvelles parcelles qui se colorent de bananes, de chilis ou de haricots. En voici d'autres qui, faute d'être irriguées, pâlissent… puis se changent en désert. Ces morceaux de désert font le désespoir de certains mais représentent, en d'autres mains, des armes intelligentes. Bien placés entre deux parcelles de même culture, ils coupent les ailes de l'espoir… car, en fin de partie, au plus un champ compte de parcelles contiguës, au plus grande est la valeur de ce champ.

Notre partie a duré 1 h 30 avec explications. Un moment de bonheur… sur un registre qui n'est pas sans rappeler l'excellent New England.