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PUERTO RICO

La renommée de Puerto Rico est très grande. De nombreux joueurs le placent dans le groupe des meilleurs jeux dont font partie l'introuvable Tigre et Euphrate (1) et Les Colons de Catane. Le découvrir, c'est dès lors passer de tous les échos qu'on en a, à ce qu'il nous apporte réellement.

Ma première impression fut d'entrer dans un jeu très calme. Chacun joue sur son plateau individuel et tente d'y construire une plantation rentable de maïs, de sucre, d'indigo, de tabac et de café. Pour produire, il faut naturellement des hommes dans les champs… ce qui ne servirait à rien si, dans la ville attenante, il n'y avait pas d'usine pour traiter ces récoltes, ce qui nécessite également du personnel.

Puerto Rico, c'est en quelque sorte un univers miniature dans lequel on se plonge et - ce n'est guère un jeu de mots - on y joue comme on jouerait avec des petites voitures. On met en place les éléments de son paysage, on engage les colons qui arrivent d'Europe, on construit les bâtiments qui nous intéressent.

L'essentiel, c'est de construire avec équilibre. Si vous possédez un champ de sucre, il ne vous rapportera que si vous êtes parvenu à construire une raffinerie et que vous disposez de personnel pour travailler sur ces deux lieux. A partir de ce moment, vous disposerez régulièrement d'une production de sucre que vous pourrez soit vendre sur l'île afin de recevoir de l'argent, soit embarquer sur un navire pour recevoir des points de victoire.

Reste donc à savoir comment on crée une plantation, comment on construit une raffinerie, comment on engage du personnel, comment on vend au magasin, comment on embarque sa production sur un bateau !

C'est ici qu'on découvre l'âme de Puerto Rico. Chaque action devient possible dès qu'on se glisse dans un des rôles disponibles. A chaque tour de jeu, comme dans Citadelles, les joueurs se font intendant, maçon, planteur, capitaine, artisan ou chercheur d'or… selon les objectifs qu'ils recherchent. Mais - et c'est la différence avec Citadelles, bien qu'en interférence de manière subtile les uns avec les autres, les rôles ne sont pas secrets et tous en profitent. Concrètement, lorsqu'un joueur choisit d'être planteur, tous les autres, à sa suite, plantent également. L'initiateur du rôle a toujours un avantage supplémentaire et les rôles qui ne sont pas choisis - 7 rôles pour un maximum de 5 joueurs - reçoivent une prime pour être attrayants lors des prochains tours.

L'ordre dans lequel se jouent les rôles influe beaucoup sur le déroulement du jeu. Il est, en effet, possible que vous ayez le droit de construire au moment où vous ne disposez pas des moyens pour le faire ; de vendre quand vous n'avez pas de marchandises à votre disposition ; d'embarquer des ballots de tabac sur un navire quand il ne reste plus de place dans sa cale !

Chacun inspecte donc régulièrement les plateaux de ses adversaires pour savoir si le rôle qu'il choisit ne rendrait pas trop service à un autre joueur. On gère donc son plateau et on déclenche des actions en tenant compte visuellement de ce que les autres joueurs construisent et obtiennent sur leur propre plateau !


Puerto Rico sent bon le soleil des îles. Une intense activité nous y met en jeu. L'opportunité de chaque rôle nous met au travail, sollicite notre intelligence, provoque nos priorités. Tant de choses sont possibles ! Tant d'options peuvent être prises ! Mais lesquelles seront les bonnes et nous permettront d'être présents au bon moment et au bon endroit avec dans nos entrepôts des marchandises s'il en faut ou dans notre tiroir de l'argent pour réaliser nos projets ?

Le jeu est plein de trouvailles : celle du magasin trop petit dont les rayons ne peuvent accueillir que 4 marchandises en même temps ; celle des navires qui s'en vont quand ils sont pleins, laissant sur le quai des vendeurs dépités car ils ont les mains pleines… mais se présentent trop tard ; celle très simple de la présence humaine qui, sans elle, ne permet pas d'activer ce qu'on a planté ou bâti.

Il n'en reste pas moins que jouer pour la première fois à Puerto Rico, c'est d'abord croire que la partie sera un régal. A vrai dire, c'est un réel acte de confiance en ceux qui vous conseillent le jeu… car le début de votre première partie risque d'avoir tout pour vous décourager. Tant d'informations sont à comprendre, tant de petits mécanismes sont imbriqués les uns dans les autres… que la réputation de Puerto Rico est aussi celle-ci : un jeu génial dont la première partie est une épreuve, surtout si on doit en lire la règle ! Rejoignez donc le jeu en le découvrant avec quelqu'un qui la connaît… et, dès la mi-partie, vous vous en délecterez déjà !

Cette première partie dure généralement 2 heures à 5 joueurs. Les parties suivantes deviennent plus courtes ( 1 h 15) car, comme dans la plupart des jeux, une fois comprises, les actions se répètent de manière régulière et chacun devient plus vif pour s'en servir…

Si vous achetez le jeu, demandez au magasin (ou cherchez sur internet) les aides de jeu : elles sont essentielles pour que chaque joueur soit autonome dans sa compréhension des rôles et des bâtiments qu'il peut construire. Sans cette autonomie, le jeu serait vraiment pénible.

Puerto Rico fut classé dans les trois meilleurs jeux de l'année 2002 en Allemagne. Dans le cœur des joueurs, il emporte toutes les palmes d'or. Il est édité chez ALEA (2), cette excellente collection, de haut niveau, qu'on trouve dans la gamme de Ravensburger.

il existe encore des exemplaires en néerlandais, collection 999.
Autres titres disponibles : Adel Verplichtet (excellent), Royal Turf, Taj Mahal, Les 7 sages (excellent), Torres