NEW ENGLAND

 

parmi les meilleurs jeux familiaux

(à partir de 11 ans)

17ème siècle. La Vieille Angleterre débarque ses premiers colons près de Plymouth. Les premières terres (volées aux Indiens) sont débroussaillées. Elles correspondent aux 82 parcelles que les joueurs devront se partager durant la partie. Chacun s'affaire donc à les acquérir et, quand il détient la propriété de certaines, décide de ce qu'il en fera : une ferme ? Un pré ? Des cultures ? Ou préfèrera-t-il l'allouer à un paysan qui travaillera pour lui ? Y construire une grange pour stocker des réserves ? Etablir un port pour accueillir les ressources que les bateaux du vieux continent lui apporteront ?

C'est dans ce cadre historique - sans aucune allusion aux Indiens - que se joue cet excellent jeu des éditions Goldsieber. Après Goldland dont nous disons toujours le plus grand bien, l'aventure continue en quelque sorte.

En début de partie, chacun dispose de trois parcelles de départ : l'une pour ses champs, l'autre pour ses prés, la troisième pour ses villages. Pour gagner de nouvelles terres, il suffit d'acheter un des lots disponibles au début de chaque round. Mais qui pourra se servir en premier et prendre les cartes les plus intéressantes ?

C'est bien sûr ici que le jeu se noue en intérêt et en plaisir. Le système imaginé par Alan Moon, l'auteur d'Elfenland, est un régal. Au début de chaque round, chaque joueur prend gratuitement un des jetons étagés en valeur entre 1 et 10. Chacun se sert à tour de rôle et prend le jeton qui correspond le mieux à son intérêt. La logique est simple : ceux qui ont pris haut, jouent avant les autres… mais paient leurs achats au prix indiqué sur le jeton. En clair, cela veut dire que le joueur qui a pris un jeton 10, joue prioritairement mais paie 10 sous chacun de ses achats. A l'opposé, celui qui a pris le jeton 1, joue en dernier mais ne dépense qu'un seul sou par acquisition.

efficace et surprenant

Cet excellent système d'enchères n'est pas sans surprise et certains font parfois de très bonnes affaires sans trop dépenser ! Les parcelles acquises sont immédiatement posées sur le plateau qui prend rapidement des allures de puzzle dans lequel chacun s'ingénie à créer les configurations les plus rentables. C'est alors que d'autres surprises surgissent : le manque de place, l'absence de terres disponibles quand on pourrait acheter de bonnes cartes d'action et les terres à réserver pour placer ses paysans, ses bateaux et ses granges.

On fait dans ce jeu une expérience de plateau qui me paraît intéressante. Dans bien des jeux, le plateau est un espace qui rend visuelles la progression et les épreuves que doivent affronter les joueurs. C'est bien le cas dans New England mais il y a en plus un lien inhabituel entre le plateau et les cartes que peut acheter un joueur. Ce dernier se retrouve souvent dans la situation suivante : alors qu'il a les moyens d'acheter une action (un bateau, par exemple) et qu'elle fait partie de sa stratégie pour décrocher quelques points de victoire, il ne peut le faire car il n'a pas prévu sur le plateau assez de place pour la réaliser. C'est réellement intéressant, surprenant dans un premier temps et assurément une bonne école quand on perd le jeu pour cette raison précise !

La boîte, un brin rétro, est belle. Les parcelles en gros carton font plaisir aux doigts. Les pions sont en bois. La lutte est plus serrée quand on joue à quatre joueurs car l'espace est serré. Toutes les cartes d'action sont sans texte.
Dans notre traduction française, pour rendre les parties à trois joueurs plus intéressantes, nous proposons de placer les parcelles de départ du quatrième joueur, ce qui n'est pas prévu par la règle allemande.

New England est un excellent jeu. Pour peu que nous soyons rusés et attentifs, il nous entraîne dans des parties savoureuses et pleines de surprises. En tout, un vrai jeu familial, dès 10 ans, pour 3 ou 4 joueurs. (Durée 1 h 15).

En résumé, les pointes du jeu :

  • un système d'enchères original dans lequel il est parfois bon d'être le premier, parfois bon d'être le dernier. Si, de plus, on joue avec l'argent visible, chacun réfléchit aux offres qui lui permettront de damer le pion à ses adversaires... Un plaisir dans lequel les surprises sont loin d'être absentes.
  • Un plateau conçu comme un puzzle où toutes les configurations rêvées ne sont pas possibles. Le tout doublé de cartes dont on aimerait faire un double usage, ce qui n'est ni réaliste ni possible. Il faut donc sans cesse choisir entre les terres qu'on alloue aux pions et celles qu'on transforme en points de victoire. Quel dilemme délicieux !
  • Des parties peu longues (1h 15 quand on a l'habitude) : voilà qui réjouira les familles qui ne veulent pas s'embarquer dans des longueurs !