NEFERTITI

Sur les deux rives du Nil vivent, paisibles, les grandes cités égyptiennes : Louxor, Abu Simbel, … Paisibles ? Sans doute pas autant qu'on ne le pense car, sur les marchés qui cuisent au soleil, les courtisans fouinent pour trouver de somptueux trésors à offrir à Pharaon.

Sur le plateau de jeu, les joueurs observent les marchés et leurs étals. Ce qui les intéresse particulièrement, c'est d'y obtenir, d'une part, les objets les plus précieux (des meubles finement décorés, des senets incrustés d'ivoire, des bijoux tous plus beaux les uns que les autres) et, d'autre part, d'avoir le moins possible de rivaux preneurs des mêmes objets : une collection vaut d'autant plus quand on est seul ou peu à la détenir.

Mais - et c'est la particularité du jeu Nefertiti - les acheteurs doivent tenir compte des heures d'ouverture qui prévalent dans ces marchés. Non qu'ils se ferment à telle ou telle heure… mais bien quand l'une ou l'autre condition y est réalisée : par exemple, quand trois acheteurs différents y sont réunis, quand un jet de dé correspond à un nombre précis, quand 3 acheteurs y occupent 3 cases consécutives, etc. Un des quatre marchés est toujours fermé. Il s'ouvre dès qu'un autre se ferme et le jeu propose ainsi une rotation tout à fait originale qui promène les intérêts des joueurs d'un lieu à l'autre.

La manière d'occuper les marchés est très ludique. On y trouve généralement une petite dizaine de cases de valeurs différentes. Le joueur qui décide d'être présent sur un marché, y positionne sur une case libre un de ses acheteurs. Lors que le marché se ferme, l'acheteur placé sur la case de plus haute valeur (un 7, par exemple), doit payer une somme équivalente à la valeur de sa case (7 sous dans notre exemple) et choisit en premier le ou les objets qui l'intéressent. Ce qu'il paie est déposé sur un espace du marché et attire immanquablement l'intérêt du second à pouvoir se servir sur ce même marché : ce dernier a, en effet, le choix entre payer pour obtenir un des objets qui restent ou prendre la moitié de l'argent disponible sur le marché. Et ainsi de suite jusqu'au moment où tous les acheteurs présents ont exercé leur droit de jeu.

C'est une technique très ludique car il n'est pas rare qu'on obtienne des objets pour des prix dérisoires ou qu'on récolte l'argent que d'autres viennent de payer.

Sur chaque marché, un objet a d'autant plus de valeur qu'il est assorti d'un sceau royal. Contre payement de celui-ci, le joueur obtient les services de divers fonctionnaires dont nul ne peut faire l'économie s'il veut gagner le jeu : forcer un adversaire à échanger une carte convoitée, déclencher la valorisation d'une collection d'objets, dérober des pièces d'argent ou carrément un objet dans un étal.

Très peu d'argent circule dans le jeu : à peine une trentaine de sous ! Ce manque de liquidité disponible crée un tension parfaite en faisant rebondir les actions des joueurs qui doivent veiller au renflouement de leur porte-monnaie.

Nefertiti est en tout cela un très bon jeu familial. L'abondance du matériel et la richesse des mécanismes peuvent effrayer ceux qui découvrent le jeu… mais très vite les actions se révèlent être claires et fluides tout en permettant des choix très différents. De nombreuses interactions existent entre les joueurs : elles se jouent sur la vitesse, sur l'audace de payer plus qu'un autre, sur des échanges forcés et toute une série de petits détails qui font qu'on joue vraiment ensemble et non les uns à côté des autres. Les parties ne durent qu'une petite heure et nous promènent dans l'univers fabuleux d'Akhenaton et d'une culture extraordinaire !

Pour 3 à 4 joueurs. A partir de 10 ans. Editions Matagot.