MAKA

BANA

Un jeu dans lequel il est permis de tricher, voilà qui faisait crier les grands parents à qui je donnais récemment une formation ! C'est que ceux-là pensent que les apprentissages dans un jeu risquent de déteindre sur la vie (ils ont raison... mais ignorent la part positive de cette expérience dans le cadre d'un jeu); c'est que ceux-là aussi ignorent qu'un jeu n'est qu'un jeu et que, dans le cadre qu'il met en place, des actions impossibles ailleurs, deviennent permises et possibles.

Pour les autres, comment ne pas se réjouir ? Qui n'a pas goûté avec délices à L'or des Dragons dont une des cartes d'action permet de voler à volonté tant que personne ne nous prend sur le fait ? Car c'est bien sur le registre de cette légalité que des règles aussi folles - pouvoir tricher ou voler - s'inscrivent tout en étant régulées.

Maka Bana est le premier jeu de François Haffner. Il l'a conçu à partir d'une expérience très large. Depuis des années, il teste des jeux et en donne des compte-rendus intéressants sur son site internet. Son écriture - s'il m'est permis d'employer cette expression pour un jeu - s'est donc nourrie au grand fleuve des idées allemandes, prenant, lâchant, pesant, aménageant toute une série de bonnes recettes pour en faire ce Maka Bana dont la fluidité me semble très équilibrée.

Dans Maka Bana, chaque joueur cherche à construire des paillotes. Celles-ci lui rapportent des points de victoire et d'autant plus qu'elles sont regroupées ou construites dans certaines zones.

Ne vous lancez pourtant pas dans Maka Bana sans en avoir bien compris le plateau. S'il est très beau et nous emmène sur les eaux cristallines de lagunes ensoleillées, il est divisé en segments visuels qui ne se laissent pas si facilement cerner. Or, tant que vous ne saisirez pas en un clin d'oeil ses divisions géographiques (plage - à ne pas confondre avez zone de sable -, zone et type de papier peint pour les paillotes), vous ne serez pas capable de maîtriser les actions qui visent justement à définir une combinaison entre une plage, une zone et un type de papier peint.

Si vous transmettez le jeu, vérifiez bien que tous les joueurs perçoivent clairement ces divisions. Ceci étant acquis, le reste est facile, joyeux et très ludique. Chaque round se déroule en enchaînant quatre actions consécutives : 1. créer une combinaison au moyen de 3 cartes (le joueur détermine ainsi l'endroit où il veut construire une paillote) et poser les dites cartes, faces cachées,sur la table. 2. donner un indice aux autres joueurs en leur révélant une des trois cartes (celle qui les induira le plus en erreur dans leur déduction). 3. poser un totem pour bloquer un endroit de construction (chacun essaie d'interdire l'endroit qu'il pense que son adversaire a choisi. 4. Construire sa paillote si c'est possible sur le lieu de sa combinaison.

Je vous passe toutes les surprises qui sont créées par un tel mécanisme, les erreurs qu'on ne manque pas de faire et la douce ambiance qui se distille au fil de la partie. En fin de jeu, chaque paillote acquise vaut un point de victoire auquel s'ajoute des bonus pour les paillotes regroupées et pour celles qui sont majoritaires sur une zone de sable.

Dans la variante, la fameuse triche devient permise. Elle consiste à poser plus ou moins de cartes que les trois autorisées. Si vous n'en posez que deux et que personne ne vous a suspecté (il y a une manière de poser ses cartes pour y parvenir), vous serez tenu de respecter les indications de vos deux cartes mais serez libre, en revanche, de décider en dernière minute de la valeur de la carte absente. La triche n'est évidemment pas sans risque. Si vous êtes surpris, vous perdez votre droit de jouer durant ce tour... avec un bé-mol extraordinaire : quelqu'un ne peut vous accuser que s'il triche moins que vous !

Voilà des mots joyeux et rares, plein de promesses et de rires, qui valent sans doute un détour du côté de Maka Bana !