LA HAVANE

La Havane de Reinhard Staupe s’inspire en partie de Citadelles par les rôles qu’on y joue. Le but du jeu est de gagner des maisons dans la capitale de Cuba ; celles-ci rapportent des points et le premier qui totalise 15, 20 ou 25 points gagne la partie.

Pour gagner un bâtiment, il faut, d’une part, qu’il soit accessible et, d’autre part, qu’on puisse en payer le prix : généralement une combinaison de sous, de matériaux et d’ouvriers. Ces éléments peuvent être gagnés en jouant une des 13 actions qu’on tient en main mais qui ne sont activées que si elles sont posées sur la table. Or un joueur ne peut en activer que deux à la fois et, de plus, est obligé d’au moins en renouveler une à chaque tour. C’est précisément ici que se noue l’originalité de La Havane. Quelle action va garder chaque joueur et donc laquelle va disparaître ? Et quelle nouvelle va-t-il activer ?

Comme dans Citadelles, chacun peut penser que l’or amassé par les uns suscite l’apparition de voleurs ; qu’un talon riche en matériaux divers fait venir les marchands ; qu’un bâtiment intéressant attire les architectes. Il y a donc une grande part d’interaction dans La Havane auquel s’ajoute deux autres mécanismes originaux. Le premier, ce sont deux rangées de six bâtiments qu’on grignote à partir des extrémités vers le centre et qui se renouvellent chaque fois que l’une d’elles ne compte plus que deux bâtisses disponibles. Le second, c’est l’ordre de jeu qui ne cesse de changer et qui dépend des cartes posées par les joueurs. Pour dire simple, chaque carte affiche un chiffre compris entre 0 et 9 et deux cartes posées l’une à côté de l’autre forme un nombre à deux chiffres : 12, 37, 83, etc. L’ordre de jeu est déterminé par ces nombres, les plus petits passant avant les autres. Ce mécanisme est évidemment aiguillonné par un autre facteur : plus les chiffres des cartes sont élevés, plus les cartes sont intéressantes, ce qui crée des choix cornéliens pour ceux qui veulent t à la fois passer avant les autres et disposer des meilleures cartes !
 
L’ambiance est celle des îles avec des mamas généreuses, des pesos, un marché noir, la siesta, un collecteur d’impôts et bien d’autres actions ou personnages qui donnent une atmosphère enjouée et riche en couleurs. Le jeu ne cesse de rebondir, les bonnes occasions sont prises ou perdues et tout se joue en à peine 50 ou 60 minutes de pur plaisir ! (Filosofia, 3 à 4 joueurs, dès 10 ans, 30 euros)

Gudrun König