ENDEAVOR

La boîte d’Endeavor représente une mallette en cuir dans laquelle on aperçoit des cartes du monde. Nous sommes à l’époque de la création des colonies et de tous les ports d’Europe partent des navires dont les actionnaires sont les joueurs. L’éthique n’est évidemment pas au programme même si une loi anti-esclavage pèse sur la fin de jeu au détriment de ceux qui se seront servis d’une main d’œuvre gratuite. En attendant, sur fond de pillage ou de civilisation, chacun fait son beurre : en pilotant des bateaux, en construisant des bâtiments où se déroulent des acticités lucratives (ateliers, chantiers navals, forteresses, marchés), en investissant dans des banques et, bien sûr, en récoltant à foison les points de gloire que les états agitent sous nos yeux pour nous motiver.

Nous voici au rendez-vous d’un jeu puissant, comme le sont presque toutes les boîtes de cet éditeur de qualité, Ystari, à qui nous devons l’excellent Yspahan.

Une partie se déroule en 7 manches (chacune de 10 à 15 minutes) qui, pour chaque joueur, commence par l’achat d’un bâtiment, la mise à disposition d’un quota de main d’œuvre et le paiement de salaires. L’ampleur de ces trois actions est conditionnée par ce que le joueur est parvenu à acquérir durant les manches précédentes. Ainsi, plus il a récolté de briques, meilleurs sont les bâtiments entre lesquels il peut choisir ; au plus grandes sont ses activités culturelles, au plus il dispose de main d’œuvre pour mener à bien ses projets; et, in fine, plus il a  épargné d’or, plus il peut payer des salaires et réaffecter son personnel.

Ces développements lui ouvrent des actions qui lui permettent de prospérer. L’un, en faisant naviguer un bateau vers l’Inde, ramasse des briques ou de l’or ; l’autre en fondant une ville en Afrique, dispose d’une main d’œuvre nouvelle ; un troisième, par l’ampleur de sa présence dans une colonie, est nommé gouverneur et récolte tous les avantages liés à ce rôle ; un quatrième, pour avoir investi en Europe ou en Amérique du Sud, accède à des avantages sous forme de cartes. Tant de choses à faire !

Et c’est passionnant ! Sans doute parce qu’il faut sans cesse choisir entre tout ce qui est possible et le peu qu’on peut réaliser. Or voilà bien la recette d’un bon jeu ! Où mettre sa priorité ? Que vont faire mes adversaires ? Qui joue avant qui ? Quand utiliser un canon pour déloger quelqu’un d’une place qui nous rapporterait gros ? Quelles sont les actions qui nécessitent le moins de main d’œuvre ? Quel domaine développer pour passer de 4 à 7 points de victoire ou de 7 à 10 car les domaines fonctionnent par paliers successifs ?

Une fois la règle comprise – mais elle aurait pu être tellement mieux rédigée ! -, le jeu est très clair, fluide, visuel, intelligent, interactif. Que de qualités ! Par ses sept zones, le plateau nous ouvre une multiplicité d’actions différentes dont les composants changent à chaque partie. Chaque joueur dispose également d’un plateau personnel sur lequel il voit clairement ses retards et ses progrès, ce qui est possible et ce qui serait encore mieux. Et plus la fin de la partie s’approche, plus le suspens grandit, chacun percevant parfaitement le ou les derniers bonds qu’il ne peut omettre s’il veut améliorer son score final.

D’un nombre de joueurs à l’autre, les parties sont très différentes et requièrent des stratégies adaptées. Si à cinq joueurs, toutes les colonies peuvent être administrées, ce n’est pas le cas quand on joue à trois car les 7 manches sont à peine suffisantes pour réaliser un voyage complet vers 3 ou 4 terres lointaines !

Endeavor de Carl de Visser et Jaratt Gray conviendra aux joueurs qui aiment les jeux de gestion comme Kingburg, Agricola ou encore A l’Ombre des Murailles. (Ystari, 2 à 5 joueurs, dès 11 ans, env.  40 euros)