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DVONN

 

Certains auteurs expriment par les règles de leurs jeux la respiration intérieure qui les habite. Kris Burn est de ceux-là.

Lors du salon de Nürnberg, en 2002, j'eus la chance de passer une demi-heure avec lui durant laquelle il m'expliqua son nouveau jeu Dvonn ©.

 

Pour comprendre ce que je voudrais dire, il faut savoir que, dans ce jeu, en plus des pièces noires et blanches appartenant aux joueurs, trois pièces neutres sont également à la disposition des adversaires. Ces pièces rouges, outre qu'elles peuvent être utilisées pour gagner des points, sont d'une importance capitale car tout pion du jeu qui n'est plus en lien avec l'une d'elles perd sa vie et est aussitôt retirée du plateau.

 

C'est une règle merveilleuse qui dit bien le rapport que l'auteur entretient avec la vie : si nous ne sommes pas reliés, nous sommes morts.

 

Je demandais à Kris Burn s'il était conscient du lien qui m'apparaissait aussi clairement. Il hésita quelques instants et me fit la réponse suivante : s'il existe deux domaines qui mettent de la communication entre les hommes du monde entier, quelles que soit leurs cultures, ce sont la musique et le jeu. Si tu te trouves dans un village, au fond d'une forêt asiatique, et que tu joues avec quelqu'un, il ne se passera guère de temps pour que d'autres viennent regarder et qu'un attroupement plein de commentaires ne se forme…

 

Kris Burn est venu au jeu après avoir été un marcheur, un alpiniste et un cinéaste. Chacun de ses jeux exprime d'une manière ou d'une autre ce rapport à l'univers. Dans Gipf, la couverture de la boîte est explicite : une rencontre entre les quatre éléments du monde ; l'eau, la terre, l'air et le feu. Dans Tamsk, il invente un système de pions-sabliers qui ne survivent dans la partie que le temps de leur écoulement. Autrement dit, si le joueur désire disposer de ses pions à plus long terme, il faut qu'il s'en préoccupe et les joue régulièrement, les uns après les autres, afin de pouvoir retourner leur sablier et prolonger leur durée de vie.

L'Edition elle-même de Kris Burn s'appelle PROJET GIPF. Qui dit projet, dit mouvement, rêve, invitation, vie.

 

En jouant ses jeux, nous nous laissons convier, à travers des formes très abstraites - c'est vrai -, à des parties pleines d'esprit et de souffle. Quel régal !

 

Ceux qui inventèrent les jeux coopératifs de plateau, sont de semblables pèlerins. Ils écrivent en lettres ludiques la rencontre et le partage dont ils rêvent. En nous proposant leurs jeux, ils nous invitent à joindre nos propres pas à cette danse universelle qui dépasse nos univers restreints et nous ouvre à une humanité conviviale.