DESCENDANCE
DESCENDANCE
 Liste des 3 meilleurs jeux stratégiques du SPIELE DAS JAHRES 2012 

Les jeux se mêlent de tout et nous participons, cette fois, à la vie d’un village sur plusieurs générations. Vos pions représentent les habitants d’une ferme ; ceux-ci s’investissent le mieux possible dans les affaires locales. Certains font une carrière politique, d’autres partent en voyage, d’autres encore deviennent des artisans renommés. Mais toutes ces actions supposent que le temps s’écoule et nul parmi vos pions n’échappe à la vieillesse. Alors, comme dans la vie, tandis que certains se marient et enfantent, d’autres nous quittent et rejoignent, selon leur notoriété, le parterre d’honneur ou le coin des tombes que recouvre l’oubli.

D’un niveau proche de celui des Piliers de la Terre, Descendance a ceci d’original que vous disposez de quatre générations qui entrent en scène successivement. Bien sûr, comme dans la vie, les unes prennent la place des autres, le chemin de sortie étant naturellement celui du cimetière. Pourtant rien de morbide car chacun perçoit vite dans la mécanique du jeu combien le départ des plus vieux est un cadeau pour la mémoire collective, ce qui rapporte aussi des points de victoire.

Pour évoquer ce vieillissement, chaque joueur dispose d’un petit plateau personnel sur lequel il fait progresser son marqueur du temps. Ce dernier suit un parcours circulaire d’une dizaine de cases et est déplacé chaque fois que le joueur subit la peste ou entreprend une action et la paie par du temps donné. Or lorsque ce marqueur commence une nouvelle boucle, le joueur doit se séparer d’un habitant de sa ferme, choisi dans la génération la plus âgée. Cela ne signifie pas que la personne défunte est remplacée : elle commence par créer un vide, très moteur dans le jeu. Au joueur, durant les prochains tours, de penser à repeupler sa ferme en célébrant des noces qui font entrer un conjoint ou un enfant dans le cercle familial.

Tout ne tourne pourtant pas autour des décès. Les points de victoire se gagnent à la sueur de son front en passant par les marchés et les forges, par les réunions au conseil communal ou par sa présence dans l’église dans la communauté des moines. Chaque participation permet de prester des tâches qui rapportent tantôt un salaire, tantôt un véhicule (calèche ou charrue), tantôt du bétail, tantôt encore quelques pièces d’or.

Le plateau représente précisément les lieux où se jouent la vie et la mémoire villageoise : la mairie, l’église, l’endroit où l’on vanne, la place du marché, le coin des ateliers et des commerces, le puits autour duquel des transactions plus libres sont permises… et le monument aux morts ainsi que le cimetière qui le prolonge. Un coin du plateau est aussi dédié à la campagne car certains pensent avec raison qu’en voyageant, ils trouveront d’autres sources de revenus. Ils doivent préalablement préparer leur exode, en trouvant des calèches et en bouclant des valises lourdement chargées.

C’est dans la combinaison de toutes ces actions que les joueurs accumulent de nombreux points de victoire dont les scores sont comparés en fin de jeu.

Si la première partie peut sembler longue car il faut découvrir les nombreux symboles qui permettent le jeu, nous avons trouvé le jeu riche et très agréable. Le déroulement des tours s’accélère au fil de la partie, une certaine urgence s’installant même car l’horizon de fin de jeu est sans cesse visible. Chaque domaine développe aussi un relief qu’on aurait aimé explorer et qui nous donne dès lors le goût de rejouer. Et qu’il est bon de s’installer dans un jeu ! Quand ses règles sont étoffées, nous quittons l’étau de la répétition et pouvons réellement savourer  la variété des actions qui permettent soit de jouer autrement, soit de jouer sur des maillons qui s’enchaînent et donnent du résultat.

Inka et Markus Brand sont les auteurs de Descendance. Nous leur devons entre autres A l’Ombre des Murailles et Guatemala. Edité par Eggert Spiele, le jeu est repris en boîte française chez Gigamic. Pour des joueurs connaissant la règle, les 60 à 90 minutes annoncées doivent être possibles. (2 à 5 joueurs, à partir de 10 ans)

Gudrun König