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CITADELLES

 

On ressort d'une partie de Citadelle en riant dans sa barbe… à supposer qu'on en ait une. C'est un jeu rebondissant, plein de surprises et de coups fourrés que permet une idée géniale : à chaque tour, chacun change de rôle et ce choix est secret !

Citadelle ressemble pourtant à un jeu de cartes normal. Les joueurs tentent d'en poser le plus possible sur la table afin de cumuler la valeur des bâtiments qu'elles représentent et de gagner le jeu.
Le reste du matériel se réduit à quelques pièces d'or pour réaliser ces achats et huit cartes qui représentent huit personnages. C'est avec elles qu'on touche le cœur du jeu et son fonctionnement très original.

Ces huit cartes proposent 8 personnages aussi divers que le roi, l'évêque, le
marchand, l'architecte, l'assassin, le voleur, le condottiere et le magicien. Chacun de ces rôles permet de jouir des prérogatives liées à un tel métier. Voler si on est voleur ; avoir priorité si on est roi ; etc… Mais là où d'autres jeux proposent un rôle fixe pour toute une partie, Citadelle innove en permettant à chacun de changer de rôle au début de chaque round. Qui plus est, de le choisir secrètement pour qu'un facteur de surprise s'installe et sème des étincelles de bonne humeur.

Il faut de tout pour faire une ville

Une ville ne se construit jamais sans qu'un certain nombre de fonctions soient appelées et coordonnées. Tantôt nous aurons besoin des ressources de l'architecte (piocher davantage de cartes et pouvoir construire avec abondance), tantôt de celles du marchand (produire de l'argent) ou encore de celle de l'évêque (récolter l'impôt sur ses propriétés).
Mais entrer dans certains rôles permet également de créer des surprises et de réduire à néant les efforts de certains. Il est ainsi bon d'être l'assassin pour assassiner le magicien qui pourrait nous jouer un tour… en échangeant ses cartes contre les nôtres. Ou encore d'être le voleur pour se servir du trésor accumulé par un autre joueur.

Greffez là-dessus une idée géniale : personne, en dehors de quelques doutes ou de quelques certitudes, ne sait qui est qui ? En effet, au début de chaque round, chacun, dans un ordre déterminé, choisit le personnage dont il veut prendre le rôle. Les premiers servis ont naturellement davantage de choix… mais ils sont à la merci de ceux qui les suivent et peuvent déduire leur identité !

Chaque round est une cérémonie

Quand chacun a ainsi choisi son personnage, personne ne révèle son identité. Mais chaque round fonctionne comme une cérémonie durant laquelle le roi appelle les joueurs les uns après les autres : Que l'assassin se dévoile ! Que le voleur paraisse ! Que l'architecte dévoile ses plans…
Chaque personnage appelé joue immédiatement son tour en posant des actions permises (prendre des pièces d'or ou des cartes ; bâtir des édifices devant lui) ou en exerçant les prérogatives liées à sa profession : assassiner un personnage pour qu'il ne participe pas durant le round (entendez qu'on assassine un personnage sans savoir qui c'est… ), voler, construire davantage, détruire un bâtiment, etc…

L'ambiance est vite au rendez-vous et si les premiers rounds demandent de se familiariser avec tout ce qu'on peut faire, les derniers rounds nous font accéder à une maturité et une capacité de bien choisir les personnages qui servent notre intérêt le plus cupide.

Citadelle est ainsi un jeu de grands adolescents et d'adultes qui ne cesse de tisser des interactions entre les joueurs. On déglutit quand on est assassiné ; on hurle de rage (comme moi !) si on est pas incapable de cacher son dépit ; on se réjouit de profiter des réserves d'or qu'un adversaire avait patiemment accumulées

L'adage se révèle juste : personne ne construit seul une ville sauf qu'ici, on endosse soi-même tous les rôles, au fil des rounds, selon l'opportunité qu'on recherche..

Nous conseillons le jeu entre 5 et 7 joueurs. Une partie dure environ deux heures.

C'est une petite boîte de l'éditeur français MULTISIM. S'il est vrai que certains vous diront que le jeu est actuellement épuisé, sachez qu'une réédition est prévue pour novembre ou début décembre 2001. Guettez donc ce trésor qui sort de tous les registres habituels !

Pascal Deru