cargo noir

CARGO NOIR

un jeu de Serge Ladet

CARGO NOIR

Agréable, familial, drôle par moment, CARGO NOIR, de l’éditeur Days of Wonders, nous emmène dans l’ambiance sans scrupule de la contrebande maritime.cargo noir

Différents plateaux, retournés sur telle ou telle face selon le nombre de joueurs (2 à 5), évoquent les plus grands ports du monde où, tandis que les navires accostent, se jouent de nombreux échanges qui échappent aux douanes. Au centre, l’île de Macao avec son casino et son port animé. Le décor est plein d’humour : prenez donc le temps d’en regarder les illustrations  dont l’aspect très catimini de certaines scènes ne pourra que vous faire sourire !

Mais les bateaux des joueurs entrent déjà dans les rades et les capitaines n’y vont pas par quatre chemins. Sous chaque bateau doit être posé au moins une grosse pièce qui sert à payer des marchandises qui sont écoulées en fraude. Alors que d’autres jeux jouent sur la menace d’être pincés par la douane, le seul danger qui menace ici vos illégalités est qu’un autre joueur se range à vos côtés et offre une somme plus importante.

Un système tranquille d’enchères s’installe aussitôt, sans qu’aucun mot ne soit prononcé, amenant sur le port des piles d’argent dont la hauteur est à la fois une pression et un régal. Les pièces d’argent sont grosses – presque comme des jetons de poker - et les doigts les manipulent avec plaisir. Ca clique et ça claque !
Les enchères sont gagnées par un joueur lorsque son tour revient et qu’il est celui qui a placé le plus d’argent. Il paie alors la somme misée, reçoit les marchandises posées dans le port (de une à quatre marchandises) et renvoie tous les autres bateaux chez leurs propriétaires avec l’argent qu’ils comptaient payer.les bateaux de Cargo noirillustration de cargo noir
 
Les marchandises gagnées par un capitaine sont stockées dans un entrepôt clandestin  qu’il reçoit en début de partie. Cet entrepôt n’est cependant pas extensible. Au-delà de 6 marchandises, les lots gagnés, entreposés sur le trottoir, doivent être immédiatement revendus… sinon ils seront perdus.
 
Les ventes de ces marchandises rapportent de l’argent qui leur permet d’acheter des villas, des tripots, des yachts, des milices et même des paradis fiscaux dont la valeur équivaut à autant de points de victoire en fin de partie.

Les ventes sont d’autant plus juteuses que les lots vendus sont importants. Mieux vaut parfois garder que de revendre de suite : deux marchandises vendues ensemble rapportent, par exemple, 3 points tandis que 6 marchandises vendues ensemble en rapportent 21. De gros bonus sont aussi attachés à la vente de marchandises semblables. Ainsi 9 marchandises semblables vendues ensemble rapportent 81 points contre 45 pour 9 marchandises différentes !
 
L’argent est donc bien nécessaire et son manque récurrent aiguisent les stratégies. Hormis la somme reçue en début de partie, les joueurs ne peuvent se reconstituer un capital qu’en passant par le port de Macao qui distribue sa manne à qui veut y mouiller un ou plusieurs bateaux. A moins qu’ils utilisent l’unique autre possibilité d’avoir des rentrées financières : celle d’acheter rapidement un syndicat. La propriété d’une telle carte offre un revenu juteux, à savoir 2 sous chaque fois que le joueur abandonne des enchères au profit d’autres joueurs.

cargo noir les cartesLe jeu tourne bien si les joueurs ne sont pas trop pointus dans leurs calculs. Quand les autres jouent, chacun peut examiner les différents ports et apprécier les marchandises que le hasard y met en vente. Est-il intéressé d’obtenir plutôt celles-ci que celles-là ? Il est tout autant nécessaire de surveiller les acquisitions des joueurs adverses. Disposent-ils de beaucoup d’argent ? Quel est la valeur de leur capital immobilier, cette valeur indiquant leur score en fin de partie ?

Si les joueurs disposent de 3 bateaux en début de jeu, il est aussi de leur intérêt d’en obtenir davantage : lors d’un tour de jeu, chaque bateau supplémentaire permet une action supplémentaire. On retrouve en cela le mécanisme très apprécié qui permet, dans des jeux comme l’Age de Pierre et Agricola, d’augmenter son efficacité : recevoir 8 sous à la place de 6, échanger 4 cartes à la place de 3, obtenir les marchandises d’un quatrième port…

En fin de partie, les joueurs additionnent la valeur des immeubles qu’ils ont acquis et celui qui totalise la plus haute valeur, gagne le jeu. Cargo Noir dure environ une heure, hormis la première partie. L’éditeur Days of Wonders est connu pour soigner son matériel. Si les bateaux ne sont guère originaux, les pièces qui circulent donnent du coffre au jeu tandis que les nombreux plateaux posés les uns contre les autres créent une ambiance colorée et claire. Les illustrations sur les cartes valent un temps d’arrêt car elles croquent avec humour les rêves de luxe et de grandeur.

Le jeu peut se jouer de 2 à 5 joueurs ; nous l’avons expérimenté avec plaisir à 4 joueurs. (Environ 45 euros).

Gudrun KÖNIG et Pascal DERU