BOHNANZA

Bohnanza devrait combler des joueurs très divers. Sur divers points de vue, il s'incrit dans la ligne de jeux dont il reprend soit l'humour, soit le mécanisme.

Ainsi, les amateurs de Baccades se réjouiront d'y trouver des illustrations qui, cette fois, ne déclinent plus toutes les formes d'une patate mais bien celles... d'un haricot. D'autres, les amoureux de Catane, pourraient trouver une certaine ressemblance entre le moment de la négociation et celui que nous propose Bohnanza : "c'est dans les échanges et les cadeaux qu'on prépare au mieux la suite de son jeu ".

En réalité, chaque joueur cherche à produire des sous en plantant et récoltant des haricots. Pour cela, il dispose de deux champs dans lesquels il crée des séries de haricots semblables et tente de les récolter au moment le plus propice. Au plus il y a de haricots dans un champ, au plus ce champ a de la valeur. A titre d'exemple, un champ avec 1 ou 2 haricots ne vaut rien, tandis qu'un champ avec 3 haricots vaut un sou, avec 5 haricots vaut 2 sous, etc...

Chacun pensera donc avec justesse qu'il vaut mieux récolter le plus tard possible ses champs. Bien pensé... mais le jeu ne nous le permet guère, sauf si nous parvenons à jongler avec nos cartes en achetant au bon moment ou en étant prodigues en cadeaux. Le jeu suit, en effet, une logique rare : nous ne pouvons employer les cartes de notre propre main que dans l'ordre où elles y sont arrivées. Cela veut dire que si ma première carte ne me convient pas, il faut que je m'en débarasse en l'échangeant ou en l'offrant à quelqu'un qui en veut bien.

Si, malgré tous nos efforts pour disposer de cartes qui nous arrangent, nous sommes amenés à planter un haricot qui ne correspond pas aux plantations en cours, nous sommes obligés de récolter un de nos deux champs pour y planter la nouvelle sorte. Le champ ainsi récolté est souvent trop maigre pour nous rapporter quelques sous... mais ainsi va la vie et ainsi va le jeu !

Bohnanza nous convie ainsi à un rythme très particulier. Sans cadeaux, sans alliances, sans échanges et finalement sans séduction, nous ne pouvons pas nous en sortir. Evitez cependant d'être trop bons... car à céder trop facilement, le jeu serait sans ressort. C'est en promettant et en trahissant selon ses intérêts - ne sommes-nous pas dans un jeu ? - que Bohnanza crée du tumulte et s'élève dans le firmament des vrais jeux. Savoir se battre pour un haricot ou une thune - c'est-à-dire rien du tout -, voilà bien ce que nous permet un jeu dont l'ambiance s'échauffe rapidement quand il est joué par de vrais joueurs !