blocs en bois

 

TOUT SUR LES BLOCS EN BOIS

Gudrun König

Quelques blocs qui valent bien le détour !

Notre bon sens n’a pas toujours raison. Entre des cubes colorés et des cubes en bois naturel, qu’est-ce que je choisis pour mon enfant ? Entre, d’une part, des formes évoquant des animaux, des bonhommes ou des arbres et, d’autre part, des formes explorant des cylindres, des cônes, des arcs, des triangles et des rectangles, quelle sera ma prédilection ?

Et si nous affirmons tous, haut et clair, que les cubes en bois ont réjoui nos enfances, quel est celui ou celle qui les privilégie encore comme un jouet essentiel ?

Les cubes en bois ne sont pas très hauts dans l’altimètre des nouveautés car les fabricants jouent sans cesse sur notre désir pour que nous achetions de nouveaux concepts. Ils invoquent le développement psychologique de l’enfant et de grandes lignes pédagogiques qui favorisent ses aptitudes cognitives et finissent par chasser le bon sens que seule une société de la simplicité parvient à préserver.

Ici, pourtant,  pas de nostalgie. Les lignes qui suivent n’ont de sens que si elles sont du côté de la vie ; qu’elles portent le meilleur de ce que nous voulons transmettre à nos enfants.

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laina shacktiJe n’oublierai jamais ce jour où des grands parents sont entrés dans mon magasin à Bruxelles. Ils désiraient un jouet pour un enfant d’un an qui fasse du bruit et de la lumière.
Je ne pus m’empêcher de m’étonner : « Vous désirez vraiment un tel jouet ? »
Ils dirent : « C’est le souhait de la maman. »
Et moi d’oser : « Et vous allez vous laisser faire ? »

Même si je fus maladroit dans un tel dialogue, il n’y avait aucun reproche dans mes réparties. J’entendais bien que la maman désirait stimuler son petit enfant, que les grands parents désiraient faire plaisir et que toute demande est légitime.

En cherchant avec ces grands parents dans le magasin, j’en arrivai rapidement à la question essentielle : le jouet que vous voulez offrir, que doit-il traduire de vous à ce petit fils que vous aimez ? Autrement dit, vous et moi (j’avais le même âge qu’eux et ce que j’allais leur dire était donc audible), quand nous serons morts, que souhaitons-nous laisser à nos petits enfants ?

Ils se regardèrent en comprenant la vérité de la question. Ils balbutièrent alors : un monde plus simple, dans lequel nos petits enfants pourraient découvrir que ce n’est pas l’abondance qui fait le bonheur mais la juste mesure, la créativité, le lien…

Vous l’avez peut-être deviné : ils sont partis avec une boîte de blocs en bois et la promesse intérieure de jouer le plus souvent possible avec Loïc.

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S’ils choisirent des blocs en bois naturel, ce n’est évidemment pas par hasard. Je pris vingt minutes avec eux pour que leurs mains et leurs yeux, leur cœur et leur intelligence puissent redécouvrir la générosité d’un tel jouet.

En Belgique, on n’utilise pas le mot « cube » comme en France mais « bloc » car les formes proposées dans un assortiment ne se réduisent pas à des cubes . Voici des cylindres, des parallélépipèdes rectangles de 4, 8 ou 12 cm de long, des cônes, des formes triangulaires, des demi sphères… tous les blocs étant des multiples parfaits les uns des autres, ce qui est important comme nous le verrons.

Un bon bloc en bois est un bloc dont la section est large, au moins 4 x 4 cm. Ce n’est pas un principe mais un confort essentiel qui favorise l’exploration du petit enfant. Quand Arthur (1 an), empile un bloc sur un autre, ses chances de réussir sont d’autant plus grandes que la surface est large. Et d’autant plus grandes que les surfaces ne glissent pas : c’est la raison pour laquelle il faudrait éviter les blocs en couleur qui ne facilitent pas les premières constructions du jeune enfant. Faites l’expérience : prenez deux blocs en couleur et faites-les glisser l'un sur l'autre. N'est-il pas vrai que ça glisse bien ?  Faites la même chose maintenant avec deux blocs en hêtre naturel : par contraste, vous observerez que l'accrochage est plus stable car plus rugueux; or cette qualité est précisément nécessaire si nous désirons que l'enfant de 12 à15 mois réussisse ses premiers empilements.
La couleur a un autre désavantage : elle centre l'intérêt de l'enfant sur ses différentes nuances (jaune, rouge, vert, bleu...) mais le distrait d'un autre apprentissage qui sera utile pour sa découverte du monde : les formes et les poids. Non que la couleur soit à bannir : elle est la bienvenue avant 11 mois et après 2 1/2 ans. Dans ce dernier cas, elle ajoutera une nouvelle dimension dans l'art de construire. Sans compter que des blocs en couleur – souvent mis en bouche par le jeune enfant – sont moins hygiéniques : les bactéries restent sur des surfaces vernies tandis que le bois non traité, par ses caractéristiques naturelles, se défend davantage des intrusions bactériennes.

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Mes parents, fin des années 1950, appelaient les institutrices maternelles des « frœbéliennes ». Ce nom vient de Fröbel, un pédagogue allemand (1782 – 1852) qui fut un des premiers à déclarer que jouer pour un enfant est l’attitude par excellence qui lui permet de se découvrir lui-même et de découvrir le monde qui l’entoure. Maria Montessori, en la transformant et la poussant plus loin, est d’ailleurs l’une des grandes héritières de sa pensée.

En 1830, ce fut un langage très neuf car le jeu n’était qu’une occupation d’attente avant d’entrer dans le monde des adultes. Pour soutenir ce regard si particulier, Fröbel mit en place trois concepts novateurs : les Kindergarten (les jardins d’enfants), une première école normale pour institutrices maternelles et un jouet simple mais étonnant : les blocs en bois dont les 3 formes initiales (la sphère, le cube et le cylindre)  s’enrichirent après sa mort d’autres déclinaisons. Si la pensée religieuse de Fröbel subit aujourd’hui des critiques, son invitation à explorer le monde dans la simplicité reste juste et pertinente. Les blocs en bois qu’il met à la disposition de l’enfant, outre la grande exploration qu’ils permettent – découverte de formes, empilages, classements, jeu des complémentaires, créativité – devraient toujours être des multiples parfaits les uns des autres et ouvrir en cela sa sensibilité aux sciences exactes. Les orthophonistes me le disent : un enfant qui joue beaucoup avec des blocs en bois intègre par le jeu les pré requis mathématiques.

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J’entends tous les jours des parents qui me disent que leur enfant est très avancé. Si l’enfant a 3 ans, ils cherchent un jouet de niveau 4 ans et peut-être même 5 ! Un jeune père me parla un jour d’un jouet dont la fonction était triple. A droite, frapper sur des boules ; au centre, encastrer des formes dans des trous correspondants ; à gauche, un puzzle avec des chiffres allant de 1 à 9. Son fils, 1 ½ an à l’époque, s’intéressa immédiatement aux boules sur lesquelles il pouvait frapper. C’était une activité parfaite pour son âge et il la maîtrisa avec plaisir. Mais les deux autres activités le mirent rapidement en échec car elles étaient devant son nez sans qu’il puisse les « comprendre » et les maîtriser.

En comparaison de jouets semblables qui proposent tout en une fois et nous font faire des économies à double tranchant, les blocs en bois nous rappellent une sagesse essentielle. Il y a un juste moment pour chaque chose et c’est dans la répétition que la compétence s’installe.

Le bloc en bois est étonnant : il n’est jamais en avance, jamais en retard. Il correspond exactement à la maturité de l’enfant qui le sollicite. Sacha – 11 mois – prend et découvre avec la bouche. Avec les mêmes blocs, Noé – 13 mois – casse la tour que j’ai construite. Lou – 18 mois – réussit à empiler trois blocs. Sarah – 2 ans – en aligne une dizaine l’un à la suite de l’autre, casse tout et recommence un nouvel alignement. Laina – 5 ans – construit des escaliers, des barrières, des tables et mélange l’univers abstrait des blocs avec ses playmobils. Pour chacun de ces âges, le matériel est identique mais permet d’autres explorations.

Sur les boîtes de blocs en bois de la firme Haba, il est marqué : de 1 à 8 ans. Connaissez-vous beaucoup de jouets dont la gamme d’âges soit si large ?

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Nous avons quatre petits enfants dont les âges se situent entre 6 mois et 5 ½ ans. En répondant nous-mêmes à la question que je posais à ces grands parents (Que nous voulons transmettre à nos petits enfants ?), nous avions décidé d’offrir à chaque famille de nos propres enfants une grande boîte de blocs.
Ce projet exprimait à nos yeux un kaléidoscope de valeurs qui sont importantes à nos yeux : un jeu approprié pour chaque âge et créatif mais aussi un jeu basé sur une éthique à laquelle nous adhérons : les blocs Haba – je cite ceux-là car les marques de blocs ayant une section de 4 ou 5 cm sont rares sur le marché francophone – sont issus de hêtraies allemandes gérées de manière durable (bois FSC) et découpés puis poncés avec soin dans une firme européenne. La plupart des grandes firmes françaises qui proposent aujourd’hui des collections de jouets en bois, importent leurs produits de Chine et ce n’est pas les labels et les Iso qu’elles certifient qui nous disent tout, avec transparence, sur les conditions sociales de leur production (1).

Nos petits enfants les plus jeunes firent exactement ce que nous pressentions : mettre en bouche, empiler, casser, déplacer… Mais Laina, 4 ½ ans quand elle les reçut, ne manifesta pas le moindre engouement pour ces cubes sans couleurs.
Je me rappelle que, pensant la surprendre, j’avais déversé une montagne de blocs sur le plancher du salon et qu’elle, ayant regardé ce tas sans intérêt, était partie vers une autre activité.

C’est précisément ici que se joue le rendez-vous où notre place s’inscrit. Nos projets ne réussissent que si nous y investissons plus que de l’achat. Ne voulant pas que ce cadeau tombe à l’eau, je me suis assis au milieu des blocs en bois. Elle s’est retournée et, si le jeu proposé ne l’intéressait pas, elle fut preneuse de mon invitation : « Veux-tu jouer avec moi ? ».
Je lui ai proposé quelque chose de très simple : si nous construisions ensemble un mur qui traverse tout le salon ? Une muraille d’une longueur inaccoutumée fut aussitôt érigée d’un mur à l’autre, sur 5 mètres de longueur. Nous l’avons ensuite décorée avec les noisettes de l’automne et immortalisée par une photo où nous trônions l’un près de l’autre comme si nous avions réussi à grimper l’Annapurna !

Or il se fait que lorsque Laina revint chez nous le samedi d’après, elle demanda : Papy, on fait encore un mur ? Je lui ai répondu : si nous construisions plutôt autre chose ? Et de bâtir ensemble un escalier incroyablement haut sur lequel elle installa tous les animaux et playmobils qu’elle trouva dans d’autres caisses.

Aujourd’hui, Laina joue seule et très bien avec les blocs en bois. Ma femme et moi la rejoignons souvent dans ce lieu de complicité dont le secret est tout simple : un adulte ne joue dans la durée avec un enfant que s’il y trouve aussi du plaisir. Nous inventons des tables, des ponts, des décors fabuleux qui prolongent la maison de poupée et bien d’autres univers.

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Dans de nombreuses familles, il y a des blocs en bois. Ils symbolisent le jouet et jamais nous ne les jetterions au feu ou dans une poubelle. Mais jouons-nous encore avec ?

Ils ne sont, bien sûr, pas le tout du jouet mais ils nous montrent un chemin équilibré qui ouvre des réponses à tant de nos questions : mon enfant a trop, mon enfant veut toujours autre chose, mon enfant se lasse.
Dans l’infiniment recommencé naît du neuf que les bonnes firmes de jouets soutiennent ; des boîtes complémentaires sont disponibles, avec des colonnes, des ponts-levis, des vitraux, des rigoles pour transformer le jeu de blocs en jeu de billes. Sans compter que les univers se mélangent : Kapla (2)  a précisément des dimensions qui correspondent aux bons blocs en bois (5 kaplas s’alignent parfaitement sur un bloc de 4 x 4 x 12 cm) ; les trains n’attendent que des gares et des ponts ; les chevaliers sont en quête de châteaux et d’antres de dragon.

Dans ce témoignage du non gaspillage se dit aussi une autre part de notre vision du monde. Les jeux et l’acte de jouer sont des espaces ouverts pour exprimer ce qui nous fait vivre, nous les adultes. Nous pouvons y exprimer les valeurs auxquelles nous tenons sans qu’elles ne soient jamais moralisées. L’enfant les expérimente et s’en rend familier dans le plaisir ou le déplaisir.
Seront-elles les siennes plus tard ?  C’est une question à laquelle il devra répondre par lui-même, en discernant ce qui nourrit de ce qui ne nourrit pas. Son discernement s’appuiera, entre autres, sur ces heures de jeux  partagées autour d’un des plus beaux jouets qui soient : de simples blocs en bois !
 
Pascal Deru

En Asie, seules quelques firmes thaïlandaises dont Plan Toys sont des firmes qui méritent un label respectueux de l’éthique et d’un vrai développement social que nous apprécions.

Au salon ne Nürnberg 2010, nous eûmes une longue conversation avec le directeur de Plan Toys. Nous confirmons que cette firme mérite amplement sa certification SA8000 qui est une certification de responsabilité en matière sociale. Elle offre un environnement de travail sain et sécuritaire, prend en compte le droit au développement individuel, garantit une juste rémunération, inscrit dans sa charte l'absence de discrimination et prohibe le travail des enfants. Bien plus, elle est initiatrice de projets culturels à travers une fondation et met à disposition un espace où sont proposées des conférences, des cours de yoga, une librairie. Bien qu’elle ne soit pas une ONG, elle immerge de temps en temps des jeunes de la rue dans une initiative de reforestation dans le sud-est de la Thaïlande.

(2) Kapla, baguettes en pin des landes, à partir de 4 ans, fabriqué en France.