YSPAHAN

Nous sommes en 1598 après Jésus-Christ et Yspahan devient la capitale de l'empire Perse. La ville attire aussitôt les marchands que nous devenons le temps d'une partie : nous plaçons nos marchandises dans les souks des différents quartiers et en confions d'autres aux caravanes qui s'ébrouent vers les confins de l'empire.

Lors de ma première partie d'Yspahan, je n'ai pu m'empêcher de songer à Catane car chaque tour de jeu commence par un moment magique : les dés (9 dés dans Yspahan) sont lancés et chacun retient sa respiration pour en découvrir le résultat. Les dés sont en effet regroupés par valeur (tous les 3 ensemble, par exemple) et placés sur les étages d'une tour. Chacun choisit ensuite le groupe qui lui convient… mais doit naturellement se contenter de ceux que les joueurs qui le précèdent daignent lui laisser.

Le groupe de dés dont la valeur est la plus basse permet d'obtenir des chameaux tandis que le groupe le plus haut se transforme en pièces d'or. Quant aux autres, ils permettent de poser des marchandises dans les différents quartiers d'Yspahan afin de gagner des points de victoire chaque fois qu'une semaine se termine.

Un jeu merveilleux où le hasard se transforme rapidement pour chacun en une recherche de stratégies les plus diverses. Ainsi certains construisent des bâtiments coûteux dont ils tireront des avantages certains ; d'autres achètent des cartes spéciales qui bousculent la partie ; d'autres encore mènent l'intendant communautaire par le bout du nez afin de placer des marchandises dans la caravane qui quitte la ville chaque septième tour de jeu..

Le jeu roule tout seul ; les jours se transforment en semaines sans que la partie ne dépasse une bonne heure ; les points des joueurs, sur l'échelle de comptage, se talonnent, se rattrapent, se dépassent. La caravane prend de plus en plus de valeur. Le quartier le plus prisé n'ouvre pas souvent ses portes. Les dés réservent des surprises inattendues, soit qu'un joueur y ajoute quelques dés supplémentaires, soit que les groupes de valeurs soient si peu nombreux qu'un joueur n'ai droit à rien si ce n'est à une carte de consolation.

Merveilleux Yspahan ! Finalement rien de bien compliqué mais ouvert sur tant de possibilités ! Ystari Games confirme une fois de plus la qualité de sa collection. Après un Caylus de très haut niveau (répétons-le, trop haut pour des publics familiaux) et un Mykerinos plus sec mais plein d'intelligence, Yspahan réussit un alliage parfait entre l'intelligence et la convivialité. Primé à Boulogne Billancourt (un jury qui sait reconnaître l'excellence de certaines créations), il a également reçu le tric trac d'or pour 2006 : c'est dire que les publics les plus exigeants reconnaissent en lui un joyau du monde ludique.

Pascal Deru